Adolph Lippe, souvent appelé Adolph von Lippe, est l’un des praticiens les plus rigoureux et dogmatiques de l’homéopathie américaine du XIXe siècle. Né dans la noblesse prussienne le 11 mai 1812 à Görlitz, en Silésie, il est issu de la maison princière de Lippe-Weissenfeld. Il abandonne rapidement la carrière politique ou militaire à laquelle il était destiné, au profit de la médecine, et se forme à l’homéopathie au Homeopathic Medical College of Pennsylvania, dont il sort diplômé en 1841.
Dès le début, Lippe est un défenseur intransigeant des principes établis par Samuel Hahnemann. Il considère que l’avenir de l’homéopathie repose sur la stricte fidélité à la loi de similitude, à la pathogénésie expérimentale, et à la dose infinitésimale unique. Il se montre farouchement opposé à toute forme de compromis avec l’allopathie ou à l’introduction de méthodes qu’il juge hétérodoxes. Cette fermeté lui vaudra le respect d’une large partie de la profession, mais aussi des tensions avec les représentants plus souples ou modernistes de son époque, comme Carroll Dunham.
Il enseigne la matière médicale au Homeopathic Medical College of Pennsylvania, où il occupe la chaire de thérapeutique. Dans ses cours comme dans ses écrits, il insiste toujours sur la nécessité de revenir aux sources hahnemanniennes, en particulier à l’étude patiente et complète des pathogénésies. Il considère que l’homéopathe doit connaître les symptômes expérimentaux dans leur totalité, et qu’un seul symptôme caractéristique bien choisi peut suffire à orienter une prescription efficace.
Lippe est un prescripteur rapide, sûr, très centré sur les symptômes particuliers rares et inhabituels, auxquels il accorde une importance cruciale. Il rejette les classifications pathologiques modernes et insiste sur l’approche purement individualisée. Son répertoire mental est impressionnant, et il développe une mémoire prodigieuse de la matière médicale.
Parmi ses publications majeures figurent Comparative Materia Medica, Keynotes and Red Line Symptoms, et de nombreuses contributions à des revues homéopathiques. Il édite aussi plusieurs éditions de la Materia Medica Pura de Hahnemann. Sa plume est parfois polémique, mais toujours rigoureuse. Il refuse toute tentative de compromis avec l’approche clinique non fondée sur les principes hahnemanniens.
Adolph Lippe décède le 23 janvier 1888 à son domicile de Philadelphie. Il laisse une œuvre clinique d’une fidélité exemplaire à l’homéopathie originelle. Sa pensée influencera fortement des praticiens comme H. N. Guernsey et James Tyler Kent. Il est souvent cité comme l’un des plus grands défenseurs de l’intégrité doctrinale de l’homéopathie, et son nom reste associé à l’exigence de pureté dans l’art de la prescription hahnemannienne.
