Thomas Skinner fut l’un des homéopathes les plus influents du Royaume-Uni à la fin du XIXᵉ siècle, notamment pour son rôle dans la redécouverte et la défense de l’homéopathie hahnemannienne après une première partie de carrière résolument allopathique. Né à Liverpool en 1825, il suit une formation médicale classique et devient obstétricien réputé, notamment en Écosse. Il est nommé professeur de gynécologie à l’Edinburgh Medical College et exerce à la Maternity Hospital d’Édimbourg.
Pendant les premières décennies de sa vie professionnelle, Skinner est un farouche opposant à l’homéopathie, qu’il considère comme non scientifique. Toutefois, sa santé déclinante et l’échec des traitements classiques le conduisent à consulter en désespoir de cause le Dr Edward Berridge, un homéopathe établi à Londres. Ce dernier lui administre une dose de Sulphur 1M qui provoque, selon Skinner, une amélioration spectaculaire et durable. Cette expérience marque un tournant radical : Skinner abandonne alors la médecine allopathique et se consacre entièrement à l’homéopathie.
Il s’enthousiasme pour les principes hahnemanniens, qu’il étudie en profondeur, notamment à travers L’Organon dans sa version originale allemande. Il devient un défenseur passionné du traitement à haute dynamisation, avec prescription de doses uniques et espacées. Son intérêt pour la dynamisation le conduit à concevoir et construire un dispositif innovant appelé Skinner Fluxion Potentizer, destiné à produire des remèdes à très haute dilution selon un procédé mécanique.
En 1876, il s’installe à Londres, où il ouvre une pratique privée. Il y soigne de nombreux patients et se lie d’amitié avec plusieurs figures homéopathiques anglaises, notamment James Compton Burnett et John Henry Clarke. Ensemble, ils participent à un renouveau de l’homéopathie hahnemannienne dans un contexte dans lequel la discipline était de plus en plus menacée par la médecine académique.
Skinner est également connu pour ses écrits. Il publie notamment The Dynamization of Medicine, un traité théorique et pratique sur les hautes dilutions, ainsi que plusieurs articles dans la presse homéopathique britannique, où il défend une lecture spirituelle et vitaliste de la médecine. Il rédige aussi des études de cas marquantes, dont certaines furent reprises par Clarke et Burnett.
Il meurt en 1906, à l’âge de 81 ans. Thomas Skinner reste une figure emblématique du retour aux sources hahnemanniennes dans l’homéopathie britannique. Son parcours personnel, d’abord sceptique puis converti, lui confère une voix singulière et convaincante. Il incarne l’union entre rigueur médicale, expérience vécue et exploration des lois subtiles de la guérison.
