La classification du Dr von Grauvogl, élaborée au XIXe siècle, est l’une des premières tentatives pour intégrer à l’homéopathie une vision physiopathologique et chimique du terrain du patient. Médecin et homéopathe allemand (1811–1887), Grauvogl cherchait à dépasser l’individualisation purement symptomatique en introduisant une typologie biologique simple, destinée à guider les prescriptions en fonction de la constitution du malade.
Il proposa une division de l’humanité en trois grands types fondamentaux, fondée sur des analogies avec les éléments chimiques : hydrogène, oxygène et carbone. Chaque type serait dominé par un principe élémentaire, qui influencerait la réaction de l’organisme face à la maladie. Cette conception ne repose pas sur des données biochimiques objectives, mais sur une lecture symbolique des fonctions vitales.
Le premier type, dit hydrogénoïde, est caractérisé par une tendance à la rétention d’eau, à la frilosité et à une aggravation nette par l’humidité. Ces patients présentent souvent des œdèmes, des rhumatismes aggravés par le temps pluvieux, des écoulements abondants, et une peau moite. Les remèdes principaux de ce groupe incluent Natrum Sulfuricum, Dulcamara, Thuja et Mercurius.
Le second type est l’oxygénoïde, marqué par une activité métabolique intense, une constitution sèche et nerveuse, et une tendance aux réactions inflammatoires aiguës. Ces individus réagissent vivement aux agressions, présentent des fièvres brutales, des congestions, une rougeur du visage, et une perte rapide de poids. Aconitum, Belladonna, Bryonia, Sulphur et Nux Vomica sont fréquemment indiqués dans ce terrain.
Le troisième type est le carbonique, dans lequel prédominent la lenteur, la froideur, la congestion veineuse et une tendance aux troubles chroniques ou dégénératifs. Ces patients ont souvent une digestion lente, une tendance à l’obésité, une transpiration excessive et une fatigue durable. Les remèdes typiques sont Calcarea Carbonica, Baryta Carbonica, Lycopodium, Graphites et Carbo Vegetabilis.
Cette classification visait à créer un pont entre les lois de la chimie et les réactions vitales de l’organisme humain. Si elle peut sembler aujourd’hui dépassée scientifiquement, elle a influencé durablement les approches constitutionnelles ultérieures, notamment celles de l’école française (psore, sycose, luèse) et les typologies fondées sur Calcarea, Sulphur et Phosphorus.

I. Scerbo, homéopathe classique
